Oubliez les centres commerciaux climatisés. Oubliez les boutiques de souvenirs calibrées pour touristes. Si vous voulez comprendre Phnom Penh — vraiment la comprendre — il vous faut aller au Marché Russe. Localement connu sous le nom de Phsar Toul Tom Poung, ce marché de quartier est l’un de ces endroits où la ville se montre sans masque : bruyante, colorée, généreuse, un peu chaotique, et absolument irrésistible.
On y entre par hasard, on en ressort deux heures plus tard les bras chargés et le sourire aux lèvres. C’est le genre d’endroit dont on parle encore des années après.
Pourquoi l’appelle-t-on le « Marché Russe » ?
La question revient souvent, et la réponse est savoureusement historique. Dans les années 1980, après la chute du régime khmer rouge, de nombreux conseillers et techniciens soviétiques s’installèrent à Phnom Penh dans le cadre de l’aide apportée par l’URSS au Cambodge. Leur quartier de prédilection ? Le secteur de Toul Tom Poung. Leur marché de référence ? Celui-là même. Les habitants prirent l’habitude d’appeler ce marché fréquenté par les Soviétiques le Phsar Russe — le Marché Russe.
Les Soviétiques sont partis depuis longtemps, mais le surnom, lui, est resté. Et honnêtement, il lui va bien — il lui donne ce petit air de mystère et d’histoire qui attire les curieux.

Ce qu’on trouve au Marché Russe
Un labyrinthe de trésors en tout genre
Préparez-vous à vous perdre — et à adorer ça. Le Marché Russe est un véritable dédale de ruelles couvertes, où les étals se succèdent sans ordre apparent. Chaque couloir réserve une surprise : soieries cambodgiennes aux couleurs vives, sculptures sur bois, statuettes de Bouddha, bijoux en argent, objets en laque, T-shirts, vêtements de marque à prix bradés (vrais ou faux, selon ce que vous cherchez), appareils électroniques d’occasion, épices, herbes médicinales…
C’est à la fois un marché artisanal, un marché de mode, un marché alimentaire et un bric-à-brac géant. Tout cohabite, parfois au sein du même étal.

Les souvenirs qui valent vraiment le coup
Si vous cherchez des souvenirs authentiques du Cambodge, c’est ici que vous trouverez les meilleures affaires — bien plus qu’au marché central ou dans les boutiques du bord du Mékong. Quelques valeurs sûres :
- Les kramas : ces foulards à carreaux traditionnels khmers, tissés à la main, disponibles dans toutes les couleurs. Utiles, beaux, et typiquement cambodgiens.
- Les bijoux en argent artisanaux : bagues, bracelets, pendentifs aux motifs khmers finement travaillés.
- Les peintures sur soie et les reproductions de bas-reliefs d’Angkor, réalisées par des artisans locaux.
- Les épices et le poivre de Kampot : le meilleur poivre du monde selon certains chefs étoilés. À ramener absolument.
La partie alimentaire : ne passez pas à côté
Tucked dans un coin du marché — il faut parfois chercher — se trouve la section alimentation. Fruits tropicaux, plats cuisinés, soupes de nouilles, sucreries khmères… C’est l’endroit idéal pour un déjeuner authentique à prix très doux. Asseyez-vous sur un tabouret en plastique, commandez un bai sach chrouk (riz au porc grillé) ou un kuy teav (soupe de nouilles de riz), et regardez la vie du marché s’animer autour de vous.
Choisir la meilleure période pour partir au Cambodge est essentiel pour réussir votre voyage: https://voyageaucambodge.fr/meilleur-periode-pour-aller-au-cambodge/

L’art de négocier sans froisser
Au Marché Russe, la négociation est un rituel, pas une agression. Elle se pratique avec le sourire, sans précipitation. Quelques règles non écrites à respecter :
Commencez à 50–60 % du prix affiché. C’est le point de départ habituel. Le vendeur contre-proposera, vous accepterez quelque part au milieu, et tout le monde sera content.
Ne négociez que si vous avez l’intention d’acheter. Engager une longue discussion pour finalement partir les mains vides est considéré comme impoli.
Gardez le sourire. Un marchandage mené avec bonne humeur est toujours plus agréable — et souvent plus efficace — qu’un rapport de force tendu.
Comparez avant d’acheter. Plusieurs étals vendent souvent les mêmes articles. Faites un premier tour de repérage avant de sortir votre portefeuille.

Conseils pratiques pour votre visite
Horaires : le marché est ouvert tous les jours, généralement de 7h00 à 17h00. Le matin reste le meilleur moment : l’atmosphère est plus fraîche, les vendeurs plus disponibles, et la lumière qui filtre à travers les toitures crée une ambiance presque cinématographique.
Comment y accéder : le Marché Russe se trouve dans le quartier de Toul Tom Poung, au sud du centre-ville. Un tuk-tuk depuis le centre coûte entre 2 et 4 USD. L’application PassApp permet de commander un tuk-tuk ou une moto-taxi à prix fixe — pratique pour éviter les tarifs « touriste ».
Ce qu’il faut emporter : des espèces en dollars américains (largement acceptés), un sac réutilisable pour vos achats, et des vêtements confortables. La chaleur à l’intérieur du marché peut être intense en milieu de journée.
Méfiez-vous des pickpockets dans les zones les plus fréquentées, comme dans tout marché populaire. Gardez votre sac devant vous et évitez d’exposer votre téléphone inutilement.

Le Marché Russe de Phnom Penh n’est pas une attraction touristique au sens classique du terme. Il n’y a pas de billet d’entrée, pas de guide officiel, pas de parcours fléché. C’est simplement un morceau de vie cambodgienne accessible à tous, dans toute sa spontanéité.
Venez y flâner sans agenda précis. Laissez-vous guider par les odeurs, les couleurs, les appels discrets des vendeurs. Acceptez une tasse de thé offerte ici, engagez la conversation là. C’est dans ces instants volés, entre deux étals de soie et une soupe fumante, que Phnom Penh vous révèle vraiment ce qu’elle est.
Et ça, aucune application de voyage ne peut vous le planifier.